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The Comedy That Von Trier Built

The Comedy That Von Trier Built

-Spoiler Alert !-

Des meurtres loufoques, une bonne dose d’hémoglobine et des femmes maltraitées : vous avez certainement entendu parler du dernier film de Lars Von Trier : The House That Jack Built. Et pourtant, détrompez-vous ! Le film ne se révèle pas être aussi choquant et gore qu’il était annoncé. Où est-ce par habitude de ce cinéma provocateur ? Toutefois, le dernier film de l’émanent réalisateur danois nous a laissés quelque peu perplexes…

Sous la forme d’une comédie, Lars Von Trier nous plonge dans l’univers de Jack, un homme aux troubles obsessionnels compulsifs qui l’amènent à commettre une série de meurtres. Ses actes sont commentés par la voix off de Verge, sorte de mentor, qui tourne en dérision les faits et gestes du protagoniste.

Le scénario de The House n’a rien de palpitant et l’on vire rapidement à un film de pure masturbation intellectuelle. Une réflexion sur le statut de l’artiste se met en place avec une alternance entre les péripéties de Jack, et des citations picturales allant du célèbre ‘Baiser’ de Gustav Klimt à des autocitations cinématographiques.

Sans aucune raison apparente, il glisse également des références à l’Holocauste. Pourquoi ? Il semble que Lars Von Trier se soit perdu dans les méandres de son esprit…

La composition esthétique des plans vient pourtant contrebalancer le manque de liant scénaristique. Les figures d’horizontalité et de verticalité pullulent et sont poussées à l’extrême par les images récurrentes de la maison que Jack tente de construire. Dans cette constante volonté d’élévation narcissique, Jack est entouré d’images à la verticale : les arbres, les portes et la structure de la maison le propulsent tandis que les touches du piano et les cadavres frappent l’esprit par le mouvement descendant et horizontal. Les posters du film annonçaient déjà ce constant recoupement entre ascension et stagnation.

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L’Enfer Von Trier termine dans les abysses des cercles de Dante. Verge accompagne Jack dans cette descente verticale qui est probablement LE déplacement de trop. En effet, les vingt dernières minutes du film s’articulent autour de cette chute tel le passage d’un niveau à un autre dans un jeu vidéo (So, really, hit the road Jack and don’t you come back no more !).

Ce long-métrage peut se lire à la fois comme étant une auto-parodie d’un Lars Von Trier qui se flagelle jusque à son arrivée au purgatoire, ainsi qu’une manière de s’auto-sacraliser au travers d’une grande fresque sur le processus de création artistique. Les deux aspects se recoupent, le film étant le miroir, la mise en abyme de tout le travail de Von Trier : Jack c’est Lars, Lars c’est Jack.

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« Je m’aime prétentieusement », LVT.

Cet autoportrait assumé pose l’un des fondements même de la création, à savoir, la dimension sacrificielle. Le façonnement d’une oeuvre induit le don d’une part de soi. Cette idée de sacrifice, liée indubitablement à la mort, est représentée ici de manière littérale par le rituel de Jack. Il commet des actes immondes pour tenter de construire son propre édifice psychologique (représenté par une maison).

De la même manière, Lars Von Trier provoque et met en scène des actes de violence des plus extrêmes (telle que la mutilation du clitoris de Charlotte Gainsbourg dans Antichrist (2009)) au nom de l’Art. L’héritage tarkovskien pose dans le cinéma de Von Trier une touche qui interroge à nouveau les tréfonds de l’âme humaine et plus précisément les vices de l’âme créatrice.

Sans rentrer dans des considérations analytiques plus poussées, retenons que l’on s’amuse dans The House That Jack Built devant des situations grotesques, et l’on se pâme face à la beauté de la photographie. Le film s’avère finalement bien moins dépressif que le reste de la filmographie de Von Trier puisqu’il se présente comme une comédie. Et pourtant, Mister Sophistication est vite passé à la trappe dans nos salles !

Jack ensanglanté

écrit par Charlotte Van der Elst

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