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Parasite : une délicatesse riche chez les pauvres…

Palme d’or de la 72e édition du Festival de Cannes, Parasite de Bong Joon-ho suscite énormément d’attente de la part du public. Après avoir été hué à Cannes pour Okja au sujet de la controverse sur la légitimité de Netflix, Bong Joon-ho a décidé pour son nouveau film de revenir en territoire familier : la Corée. Grâce à l’esthétique, la mise en scène, le jeu d’acteur, la musique et le simplisme apparent, cette histoire presque rocambolesque est très abordable et se déguste tel un bonbon…

 

Le réseau, il n’y a que ça de vrai !

La famille de Ki-taek (Song Kang-ho) vit dans les entresols, sans vraiment d’ambition dans la vie si ce n’est chercher vainement un boulot. C’est sans compter sur la venue de Min qui propose à Ki-woo (Choi Woo-shik), le fils, de le remplacer afin de donner des cours particuliers d’anglais à Park Da-hye (Jung Ji-so), une fille de famille aisée. Ki-woo accepte la proposition. Ce sera le début d’une guerre incessante entre les deux classes sociales entrainées par un effet boule de neige.

 

Mon fils est un artiste né !

Visuellement, Parasite est un régal muni de multiples qualités cinématographiques. Dès le début, la misère est montrée de manière soignée sans être pour autant « trop propre sur soi ». En effet, l’image n’est pas lisse – cela aurait rajouté de la superficialité déjà présente dans le film. Bong Joon-ho se permet une économie de dialogue en jouant sur l’aspect poétique et simple en apparence du décor. « En apparence » ! Car la construction de ce long-métrage n’est nullement simple. Les couleurs sont assez sobres et fort heureusement ne virent pas vers l’excessif. Les plans sont majoritairement fixes, ou alors, leurs déplacements se font sans grande urgence. Cela permet d’installer une sensation de paix avant que les choses ne dégénèrent et d’amener gentiment le spectateur suffisamment loin pour ne plus pouvoir faire machine arrière.

 

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Concernant les acteurs, la connexion est instantanée. Le seul fait de les voir en famille les rend inévitablement sympathiques. Il n’est pas possible pour le commun des mortels de ne pas avoir de l’empathie envers ces personnes qui ont pourtant de mauvaises intentions. Ce qui est encore plus plaisant, c’est que Kim Ki-taek, Kim Ki-woo, Kim Ki-jung et Kim Chung-sook ne sont pas dépeints de façon machiavélique. De plus, les deux classes sociales ne sont pas du tout stéréotypées dans leur façon d’être. Cependant, il est dommage que le personnage de Park Da-Hye soit si mystérieux et peu consistant finalement.

 

Vivaldi, Mozart et Strauss réunis !

La bande originale du film, signée Jung Jaeil, est magique. Elle caresse notre esprit telle la fine pellicule se trouvant sur la peau d’une pêche. Parfois trop évidente sans pour autant être dérangeante, cette musique apporte une ambiance assez particulière et ponctue le film de façon maitrisée, malgré les événements incontrôlables.

 

Quel est ton plan ?

Même si le sujet n’est pas nouveau, Bong Joon-ho arrive pour son septième film à insuffler une modernité dans ce commentaire de la société coréenne et du monde capitaliste contemporain.

Malgré l’utilisation de genres multiples – « avec des codes usés », comme dirait le réalisateur –, le film se laisse qualifier de tragicomédie. La notion de comédie est presque omniprésente, notamment sous l’aspect d’une farce. Une farce douce, lente, quasi légère qui appartient autant aux pauvres qu’aux riches, chacun trompant l’autre. C’est à cause de cette approche que le spectateur ne sait pas prendre parti et se retrouve dans ce qui est communément appelé une « empathie paradoxale ». Mais la farce se transforme en tragédie lorsque les riches laissent les pauvres s’approcher de trop près et que les pauvres se retrouvent en concurrence. Ici, quand les masques tombent, le carnaval peut commencer. Car cela doit forcément dégénérer. C’est peut-être le premier reproche envers ce film : la prévisibilité du moment de l’incident déclencheur.

 

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Comme pour beaucoup de bons films, il n’est pas vraiment possible d’avoir le recul nécessaire pour réfléchir aux tréfonds du scénario. Ce qui est tout à fait normal ! Ce n’est qu’après le visionnage que certaines facilités d’écritures scénaristiques apparaissent, ainsi que certains faits introduits non aboutis. En effet, sans dévoiler ce qui se passe au sein du film, certains éléments ont été placés à tel ou tel moment parce que l’un ou l’autre personnage en avait justement besoin pour s’en sortir… ou pour être coincé. Des événements sont montrés pour nous aider à saisir la situation dans laquelle les personnages se trouvent, mais aucune suite n’en est donnée (avec les boîtes à pizza, entre autres).

Contrairement à ce que la bande-annonce laisse présager (si vous voulez la voir, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=isOGD_7hNIY), Parasite n’est pas vraiment un film d’horreur. La violence, presque jouissive, doit y être considérée comme une pièce de divertissement. Littéralement, mais aussi de façon allégorique, il s’agit d’une douce descente aux enfers.

 

A must-see !

Outre les instants de rire, suivis d’une « mâchoire qui se décroche », Parasite est un film politiquement puissant au travers de son sujet. Cependant, c’est un film d’une grande justesse qui se laisse voir avec plaisir et qu’il est agréable de se remémorer en sortant du cinéma. Bong Joon-ho ne fait pas que rendre le cinéma coréen plus accessible, il y travaille avec la finesse d’un artisan pour que cette merveille fonde toute seule en bouche…

 

LAURE DEGOSSELY