La Favorite : un film historiquement moderne 

La 91e cérémonie des Oscars aurait pu être synonyme de consécration pour La Favorite, qui avait déjà remporté plusieurs récompenses. Mais le long métrage n’est reparti qu’avec un seul prix : celui de la meilleure actrice pour Olivia Colman.

Revenons sur cette œuvre qui a tout de même marqué les esprits. Rien de tel en effet qu’un Yórgos Lánthimos et son univers décalé pour rendre un film historique de deux heures à la fois drolatique et captivant. Il faut dire que la vie tumultueuse de la reine Anne Stuart constituait une bonne base pour imprégner le film de toute l’absurdité dont il avait besoin pour se démarquer.

Plongé au sein de la cour anglaise du XVIIIe siècle, le spectateur est confronté à une souveraine exécrable qui n’a que faire de la guerre de Succession d’Espagne à laquelle son pays prend part. Ses occupations consistent essentiellement à lambiner, se repaître de parts de gâteau et à brailler à tout-va. Mais son principal souci sont les intrigues qu’elle entretient avec, d’une part, la duchesse de Malborough, qui tire les ficelles en matière politique, et d’autre part, Abigail Hill, une jeune suivante qui se livre à un combat sans relâche en vue d’une réhabilitation sociale.

La guerre que le réalisateur grec nous expose est donc celle d’un trio de femmes, incroyablement savoureux. Olivia Colman est plus que convaincante dans son personnage de mégère meurtrie. Si elle détient le rôle principal, elle n’occulte guère les performances remarquables de Rachel Weisz et Emma Stone. Toutes deux excellent – la première par sa prestance, la seconde par son machiavélisme redoutable. Les quelques hommes du film sont, quant à eux, purement accessoires. Simples exécutants des caprices féminins, ils servent aussi à faire rire par leurs lancés de bouffe et autres activités burlesques, mais ça ne va pas plus loin. L’on aurait aimé davantage de consistance pour ces personnages, presque assimilables à des figurants. Cela dit, les trois dames suffisent à faire tourner la tête du spectateur, tiraillé entre un sentiment d’empathie pour la reine, de respect pour la duchesse et d’intimidation causé par la servante.

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L’intérêt de La Favorite tient également à son esthétisme très travaillé. Il renvoie à la trivialité des dialogues et des mœurs de nos personnages. Les contre-plongées brusques, les plans déformés, les clairs-obscurs sont tous des éléments qui reflètent les coups fourrés, l’insanité et le double jeu qui envahissent la cour de la reine. Le film lui-même est une apparence. Le décor, le maquillage et les costumes, qui nous inscrivent dans cette Angleterre du XVIIIe siècle, ne sont que subterfuges pour aborder le temps présent. Cette reine – certes décrépite physiquement – a tout d’un enfant dans sa manière de penser et d’agir. Elle est sans conteste l’incarnation de l’absurdité qui s’immisce encore de nos jours dans la sphère politique. De ce point de vue, l’anachronisme que constitue une séquence de danse lors d’un bal est très significatif. Si certains pourraient être réticents au ton vulgaire du film, ce dernier n’en est pas moins réfléchi et évocateur d’un bon nombre de questionnements actuels.

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Finalement, on sort de la séance très satisfaits. Satisfaits par le jeu des actrices, la recherche esthétique et le discours politique sous-jacent. Néanmoins, une sensation de lourdeur nous gagne. Car, dans La Favorite, tout est pesant : de la bande sonore jusqu’aux surimpressions, en passant par le décor baroque et les titres à rallonge des chapitres qui organisent le film. Ce découpage n’apporte rien, si ce n’est plus d’oppression. Bien que cette dernière soit délibérée, un rien de légèreté ne nous aurait pas fait de mal. Mais ces quelques failles ne nous empêchent guère d’apprécier La Favorite, voire même de la préférer aux autres longs métrages historiques de ces dernières années.

                                                                                                                          Estelle Magalhàes

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