Valse dans les allées

„Liebe in den Gängen“ : une poésie non mercantile

Des chariots élévateurs de supermarchés qui dansent sur l’air du « Beau Danube bleu » de Johann Strauss (clin d’œil également à « Good bye Lenin ! ») : c’est par cette introduction que le spectateur est plongé au sein du monde de la consommation, mais surtout au sein de la merveilleuse histoire de Christian (Franz Rogowski).

« Bienvenus dans la nuit, collègues ! »

Dans ce film plein de poésie, Christian débute à l’essai au service boissons d’un supermarché. Il est aidé et guidé par Bruno (Peter Kurth) qui lui donne les ficelles du métier. Durant les pauses, mais surtout au travers des fameuses allées du magasin, Christian croise la jolie Marion (Sandra Hüller) dont il tombe très vite amoureux…

Le réalisateur, Thomas Stuber, a pris la décision de montrer au public le quotidien des travailleurs, cette normalité banale que chacun peut rencontrer et à laquelle n’importe qui peut s’identifier. Cette prise de position renforce le rapprochement que peut avoir le spectateur avec les personnages.

Ce long-métrage se découpe en quatre parties : après l’introduction générale suivent les portraits des trois personnages principaux (Christian, Marion et Bruno). Ce focus sur chacun d’eux va amener les éléments essentiels à l’histoire.

Le protagoniste, qui n’est pas très bavard de nature, laisse Marion et Bruno parler à sa place. Bruno, lui, tient un rôle de pilier autant dans le déroulement de la journée de travail que dans la relation entre Christian et Marion. La romance entre ces deux derniers est légère, mais ressentie comme véritable. Les moments entre eux sont comme des rayons de soleil dans cet univers sous éclairage artificiel permanent. Cependant, la narration est telle que le public ne peut oublier ce qui se passe autour. Ces petites allusions quasi accessoires ont leur rôle dans la construction des personnages et dans la compréhension de ce qui leur arrive.

Évitant les longues déclarations amoureuses interminables et ennuyeuses, Sandra Hüller et Franz Rogowski construisent la relation de leurs personnages avec des gestes, des mimiques, des regards qui semblent presque insignifiants. Néanmoins, ceux-ci ont toute leur importance puisque cela crée une ambiance magique, presque palpable entre les deux tourtereaux.

 

Envie de s’évader…

Sur fond de palmiers (que ce soit sous forme de poster, de puzzle ou bien au bar), le bruissement de la mer se fait entendre rappelant les îles où nos deux protagonistes pourraient s’isoler et n’être rien qu’à deux. Drôle de parallélisme sachant que ce sont des moments où les personnages s’éloignent de leur dure réalité que leur demande leur travail au supermarché.

 

Ne pas être effrayé par la langue allemande !

Malgré les réticences à l’idée d’aller voir un film allemand, avec « Liebe in den Gängen » vous vous laisserez emmener gentiment par la main dans une valse douce, lente avec une tonalité humoristique qui se veut légère. Pari réussi pour Thomas Stuber qui ne tombe pas dans l’extravagance et les clichés romantiques et montre de manière poétique et touchante cette histoire d’amour entre deux rayonnages.

 

LAURE DEGOSSELY

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