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« A month » de Zgjim Terziqi ; un court métrage kosovar

J’ai eu la chance de rencontrer un jeune réalisateur d’origine kosovare, Zgjim, dans le cadre de la dernière édition du Brussels Short Film Festival en mai dernier, ainsi qu’une seconde fois, il y’a quelques jours, à Prishtina. C’est en aidant un ami à moi, étudiant en traduction audiovisuelle, que j’ai découvert le film « Nje Muaj » (A Month) de Zgjim Terziqi. Je suis née au Kosovo, moi aussi, et j’y ai vu une opportunité de contacter Zgjim, et de parler du cinéma de ce petit pays, encore largement méconnu.

Zgjim est un réalisateur de 27 ans, né à Prishtina, la capitale du Kosovo. Diplômé en 2015, c’est à la faculté de l’Académie des Arts de Prishtina qu’il étudie le cinéma et plus particulièrement la réalisation. L’école n’accepte que six étudiants par classe. Une équipe de tournage se forme, avec pour résultat deux courts-métrages par an. Zgjim m’explique qu’étudier dans une infrastructure artistique au Kosovo est compliqué : pas assez de moyens pour les étudiants, et parfois l’interdiction d’exporter les films réalisés dans des festivals nationaux ou étrangers, pour cause de propriété exclusive de l’université.

Le Kosovo, déclaré pays indépendant depuis février 2008, propose, à sa petite échelle, un choix assez large d’événements artistiques, notamment des festivals consacrés au cinéma, national et mondial.

Dokufest est un festival de films documentaires qui prend place, chaque année depuis dix-sept éditions, à Prizren, une petite ville située à 60 kilomètres de Prishtina. Pendant dix jours, la ville se transforme et s’ouvre vers l’extérieur ; des milliers de touristes se retrouvent dans un circuit de plusieurs films projetés par jour, en intérieur et en extérieur. L’objectif du festival ? Faire connaitre le cinéma kosovar et albanais. L’ouverture est aussi artistique, élargit les traditions et permet à la jeunesse kosovare de participer à des workshops en présence de réalisateurs, de photographes, mais également de réaliser son propre projet cinématographique, avec un réel appui de la part des organisateurs. Les volontaires sont âgés de 16 à 20 ans et prennent part à tout ce qui concerne le festival ; l’accueil des invités, le montage des écrans, la billetterie… Dokufest offre un large choix de catégories et devient de plus en plus reconnu à travers le monde. Il participe, depuis quelques années, à la production de longs ou courts-métrages.

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PriFest est un autre festival de films qui prend place à Prishtina, et qui a cette année fêté sa neuvième édition. PriFest favorise les films de fiction ; une catégorie documentaire a toutefois été créée cette année.

Dans le cadre de ces deux festivals, le cinéma national kosovar, depuis une dizaine d’années réellement, commence à émerger et à se faire un nom. A travers les « Balkan Dox » et les « International Dox », il s’agit ici de l’histoire d’un petit pays, qui, toujours en reconstruction, offre quelques jours de tempête cinématographique à une nouvelle génération en constante redemande.

« Nje Muaj » (A Month), est un court-métrage, réalisé par Zgjim, et tourné en septembre 2017 durant 6 jours. Le projet, soumis à une Commission d’aide de l’état dans le domaine de la cinématographie, a obtenu une aide de 40.000 euros, et a permis de financer une partie du film. La Commission d’aide aux films, au Kosovo, ne se réunit qu’une fois par an, ce qui, d’après Zgjim, limite énormément la possibilité de termi
ner un projet dans un temps acceptable.

Avec « A Month », Zgjim a réalisé un record : tourné il y a tout juste un an, le film vient de connaître sa première nationale en août 2018, justement dans le cadre du Dokufest. Depuis mars 2018, le film se voit sélectionné dans une trentaine de festivals autour du monde ; Egypte, Corée du Sud, Montenegro et Belgique, parmi d’autres.

« A Month » raconte l’histoire d’Ana, une trentenaire aveugle. Ana ne peut pas vivre seule, et tous les mois elle change de maison et habite chez l’une de ses trois sœurs. D’entrée, l’ouverture du film est symbolique, avec une chanson de Muharrem Qena, un réalisate
ur, chanteur et écrivain albanais. La chanson « A Thua » introduit immédiatement le thème du film : la douleur, et l’acceptation face à cette douleur, humblement.

Trois sœurs, trois univers. Acceptée, détestée et aimée. Le thème est culturel, politique, nostalgique. Encore aujourd’hui, près de vingt ans après la guerre de 1998, il n’existe pas, au Kosovo, d’infrastructures dédiées aux personnes handicapées. Le film veut dén
ncer cette réalité, ironique, où, dans la capitale même, une unique rue a été transformée afin de faciliter le passage aux non-voyants. (« des non-voyants » ou « aux non-voyants » ?)

« A Month » montre la difficulté de ce passage symbolique, de sœur en sœur et d’endroits auxquels Ana n’appartient pas ; d’une femme qui ne voit pas mais qui aussi, d’une manière forte, ne possède pas de voix, image d’un pays plongé dans le silence.

L’histoire d’Ana est inspirée d’une histoire vraie ; une histoire témoin d’un environnement et un portrait du paysage des Balkans.

Zgjim est très satisfait, même s’il aurait aimé que le film obtienne une visibilité plus grande et espérait une sélection dans un festival américain. Il travaille sur un autre projet, qu’il souhaite cette fois financer de manière privée.

 

Cdo gje kalon ne jete  (Toute chose passe, dans la vie)

Ateher dhe dielli kur te lind (Et lorsque le soleil naît) 

Mbas diellit prap shi dot kete (Après ce soleil, vient encore la pluie)

Kshtu esht me te vertete (Et c’est cela la vérité)

 

Vite Vezgishi

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