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Lynne Ramsay « You were never really here / A beautiful day »

Prix du scénario et prix d’interprétation pour Joaquin Phoenix au festival de Cannes, « A beautiful day » raconte l’histoire de Joe, un vétéran solitaire souffrant de névroses post-traumatiques. C’est accompagné de son marteau, de son corps, lourd et imposant, marqué par la violence – et visible – que Joe explore New-York. Tueur à gages, l’anti-héros affiche un physique en contradiction avec une faiblesse particulière, qui pourtant caractérise le jeu de Joaquin Phoenix durant tout le film. La musique de Johnny Greenwood rajoute à cet effet imposant, mais le spectateur éprouve une douceur, peut-être amenée par le regard du personnage de Joe, douceur dès lors paradoxale quant à la violence représentée durant toute la courte durée du film (85 minutes).

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Flash-backs de l’enfance accompagnent Joe sur une musique alarmante, insistante. On retrouve un garçon, soumis à la violence paternelle pendant l’enfance, et à la résignation maternelle qui l’accompagne encore dans ses années d’adulte. Figure maternelle, qui, dans le film, constitue justement le point faible concret de Joe, inquiet de faire coïncider sa vie personnelle et sa vie « professionnelle ». Joe bascule dans un engrenage de violence incontrôlable lorsqu’un sénateur lui demande de récupérer sa fille, victime d’un trafic pédophile. Cherchant à accomplir sa mission, le protagoniste comprend que le problème de corruption réside dans le fonctionnement même de la ville, et entreprend de nettoyer le tout avec force.

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Le scénario fait sans aucun doute penser au mythique Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) et au plus récent mais déjà culte Drive de Nicolas Winding Refn (2011). Travis Bickle et Joe, deux vétérans, se retrouvent confrontés à la misère new-yorkaise et décident de prendre position, poussés à contre cœur ou par leur environnement, dans la mort, la violence. Dans Drive, la bande originale possède une place prépondérante, tout comme « A beautiful day » dans lequel les compositions de Greenwood ajoutent une dimension parlée, qui ne passe pas par les mots du personnage mais par cette bande-son qui alimente le rythme des actions et nous projette à l’intérieur de l’esprit de Joe.

Avec « A beautiful day », Lynne Ramsay signe son quatrième long métrage, cinq ans après « We need to talk about Kevin ». Inconfortable et non-conventionnelle, la réalisatrice britannique signe un polar noir à la narration dérangeante, mystérieuse, où tout (ou presque) passe par les regards de Joaquin Phoenix et par la musique, battements du film.

Le film emmène le spectateur au cœur d’une virée sombre, nuancée, avec une légère dose d’humour et d’ironie. Le personnage de la petite fille amène plus concrètement ce côté douceur que le personnage de Joe reflète, bien que le physique de son corps clame le contraire tout au long de l’histoire. Le contraste entre ces différentes nuances ajoute au film une dimension assez unique, que l’on ne retrouve pas dans les deux autres films dont on le dit inspiré. Même si côté scénario, « A beautiful day » ressemble énormément au culte Taxi Driver, et que sa dimension musicale emprunte une mystification et une symbolique à Drive, « You were never really here » réussit à parler de sa propre histoire et à partager sa démesure avec un final massif et puissant – unique.

Vita Vezgishi

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