Love of the Dead

Top 10 des films de zombies | par Jeremi Szaniawski

« Un mort-vivant est un oxymore ; un occis mort est un pléonasme. »

Jeremi Szaniawski

Docteur en études du cinéma de l’Université de Yale, Jeremi Szaniawski est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur le cinéma, dont « The Global Auteur », collection qu’il a dirigée avec Seung-hoon Jeong, et « Directory of World Cinema: Belgium », une encyclopédie sur le cinéma belge. Il a également réalisé plusieurs courts-métrages de fiction, et exerce en parallèle une activité de traducteur, programmateur, script doctor et scénariste. Mais Jeremi Szaniawski est aussi l’un de nos professeurs en analyse et écriture cinématographiques à l’ULB, et a très récemment donné une série de conférences sur l’histoire du film de zombies en tant que genre, iconographie et phénomène à la Cinematek.

Pour marquer la reprise de The Walking Dead ce soir, nous lui avons demandé de nous concocter un petit top 10 des films de zombies les plus marquants à ses yeux. Jeremi Szaniawski s’est gentiment prêté au jeu (encore merci à lui !), et nous a préparé une liste de 10 incontournables du genre. Car pour faire face à la baisse de qualité constante de ce show télévisé, rien de tel qu’un retour aux racines qui te servira sans aucun doute d’échappatoire, ô fidèle lecteur !

                                                                                                     

J’imagine que certains s’étonneront de l’absence de certains « incontournables » – Shaun of the Dead, Zombieland, Dead Snow et Planet Terror… – que j’apprécie au demeurant, ou 28 Days Later et le remake de Dawn of the Dead de Zack Snyder, dont je reconnais l’importance mais que je n’aime pas beaucoup pour diverses raisons (mais pas pour la vitesse de leurs zombies !), mais à quoi bon faire une liste de films que tout le monde a déjà vus ?

 

Night of the Living Dead (1968)

Night of the Living Dead

Premier volet du cycle « of the dead » de George Romero, ce film demeure fondamental en dépit de son faible budget, de ses sautes de rythme et de certaines incohérences. On notera surtout le fait que Romero apprit les leçons d’Hitchcock, créant un suspense en huis-clos efficace et oppressant, et prenant à plusieurs reprises les attentes du spectateur à contre-pied. Le film fait aussi ce que tous les grands films d’horreur de l’époque ont fait, c’est-à-dire servir un propos subversif sur la politique contemporaine : les références aux civil rights movements et à la guerre du Vietnam, ainsi qu’aux tendances fascisantes des USA, sont immanquables. Dawn of the Dead (1978) et Day of the Dead (1985) sont également incontournables, en dépit, là encore, de défauts patents. On applaudira surtout la volonté de Romero, tout au long de cette série, de tenter de se renouveler à chaque film.

 

Re-Animator (1985, Stuart Gordon)

Re-Animator

Avec ses chats zombifiés et ses têtes tranchées libidinales, ce film s’éloigne sans doute de l’esprit de l’œuvre source de HP Lovecraft, mais en demeure toutefois l’adaptation la plus réussie. Re-Animator mélange surtout, à mon sens, avec le plus de bonheur l’héritage des films de zombie de George Romero avec un humour déjanté et cruel. Les effets spéciaux tiennent encore la route plus de trente ans après la sortie du film, et Jeffrey Combs est inoubliable dans le rôle du savant fou Herbert West. Hommage indirect là encore à Hitchcock, qui influença tant Romero, la musique du film est ici un pastiche de celle de Psychose.

 

Burial GroundLe Notti Del Terrore (1981, Andrea Bianchi)

Burial Ground

Les cinéastes bis italien furent nombreux à reprendre le film de zombie à leur compte. Burial Ground fait partie des plus malsains des fleurons du genre, calquant très clairement sa structure et sa logique sur celle du cauchemar. Était-ce délibéré ? Difficile à dire, mais si l’histoire est-elle très oubliable, certaines scènes (notamment celles impliquant l’acteur Peter Bark, devenu culte pour ce seul rôle) resteront gravées pour toujours dans l’imaginaire du spectateur.

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The BeyondL’Aldila (Lucio Fulci, 1981)

L'aldila

On ne peut pas vraiment faire de top de films de zombie sans citer Lucio Fulci. The Beyond, comme Burial Ground, ne parle pas tant au conscient qu’au subconscient du spectateur. Si le scénario est inexistant et le jeu des acteurs passablement embarrassant, le travail sur les décors, la photo, la musique et les effets de maquillage sont les meilleurs dans la filmographie du ‘maître’. Ce dernier avait déjà sévi avec Zombie – Zombi 2 (1979 – le film qui restera dans les annales du cinéma de genre pour sa scène de combat entre un acteur grimé en zombie et… un requin) et allait encore réaliser les très médiocres films de zombie City of the Living Dead (1980) et House by the Cemetery (1981). Aucun n’allait parvenir à recréer l’air de mystère, de malaise métaphysique, et le charme onirique et absurde de The Beyond.

 

Nightmare City – Incubo sulla città contaminata (Umberto Lenzi, 1980)

Incubo

Enfin, parmi les films bis italiens de zombie, il faut citer Nightmare City, avec l’acteur Hugo Stiglitz. Si là encore le film emprunte la logique du cauchemar pour traduire au mieux un malaise dans ce scénario de contamination, la mise-en-scène de Lenzi s’éloigne des très longues scènes d’abjection dont Fulci avait fait son fond de commerce, pour davantage se préoccuper de l’espace du film — un hopital assiégé dans une ville moderne et impersonnelle. Cette ville, apparemment déserte, proposait un cadre à la fois micro et macrocosmique (comme le supermarché de Dawn of the Dead) se prêtant parfaitement au scénario du film.

 

The Return of the Living Dead (Dan O’Bannon, 1985)

Return of the Living Dead

Si les cinéastes italiens ont poussé l’excès dans un sens, les cinéastes américains ont joué la carte de la dérision et exploité la comédie qui se trouve en germe dans la figure du zombie. Bien avant la vague « méta », Dan O’Bannon, scénariste chevronné, allait livrer une parodie très amusante des films de Romero, avec son Return of the Living Dead et ses zombies friands de cervelle humaine — et le disant haut et fort. Le film est fièrement outrancier, se rapprochant en fait davantage des EC comics et du Creepshow (1982) de Romero que de son cycle des mort-vivants.

Le film allait connaître deux suites, ratées mais pas dénuées d’intérêt, notamment le troisième volet, réalisé par Bryan Yuzna, producteur avisé mais cinéaste poussif, auteur par ailleurs des boursouflés Bride of Reanimator (1989) et Society (1989).

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Braindead (Peter Jackson, 1990)

Affiche Braindead

C’est en Nouvelle-Zélande, dans la paisible petite ville de Wellington, que le genre du film de zombie allait être poussé le plus loin dans l’excès. Peter Jackson, déjà fort du succès de Bad Taste (1987) et des Meet the Feebles (1989), allait signer ici son chef d’œuvre de mauvais goût assumé, un film au scénario astucieux et servi par une mise-en-scène d’une frénésie et d’un dynamisme hors du commun, soutenue par une débauche gore peut-être jamais égalée depuis lors. Là encore, dans le rapport de la mère cannibalisante au fils couvé et devant s’émanciper, plane l’ombre d’Hitchcock.

 

[REC] (Jaume Balaguero, Paco Plaza, 2007)

REC

Mariant à la perfection le genre du POV camera (remis au goût du jour par le succès du Blair Witch Project (1999)) et le film de zombie, [REC] est oppressant et convaincant (presque) de bout en bout. Après une ascension haletante dans un immeuble mis en quarantaine et infesté de zombies, la conclusion, lorgnant davantage du côté de l’Exorciste que du film de zombie à proprement parler m’avait laissé un petit goût de déception en bouche. Mais au vu du cadre catalan de ce film (espagnol), on peut comprendre l’importance d’une dénonciation des pouvoirs maléfiques du fanatisme religieux.

 

Love of the Dead (Sharnasky Brothers, 2011)

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Je ne peux résister à inclure ici ce film que j’ai écrit et produit avec mes étudiants à Yale. Michael Sarnoski (le réalisateur), Christopher Ripley (le chef opérateur), Trevor Gureckis (le compositeur) et Vanessa Block (l’actrice principale) ont depuis lors fait leur chemin à Hollywood, laissant loin derrière eux ce court-métrage sans prétention — l’histoire d’amour entre un homme et sa compagne devenue zombie. Si le film souffre de défauts majeurs, je demeure à penser que le baiser final constitue un authentique moment de cinéma — chose suffisamment rare de nos jours que pour être signalée. Le film peut être visionné sous ce lien. Et c’est moi le zombie qui se fait dézinguer pendant le générique d’ouverture.

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Train to Busan (Sang-ho Yeon, 2016)

Dernier train pour Busan

Film au dynamisme épatant, Train to Busan rallie le genre du zombie ‘coureur’ (rencontré pour la première fois dans 28 Days Later (2002)) et le style cartoonesque des films de zombie des années 80. La fuite de civils en train de Séoul (le ‘virus’ zombifiant semblerait provenir de Corée du Nord…) vers Busan, sur la côte pacifique du pays, est un prétexte à un huis-clos et à un jeu de contamination/massacre au cours duquel un père cynique va devoir se remettre en question pour sauver sa fille. Les scènes d’action sont rondement menées et le film apporte un peu de sang frais au genre, preuve s’il en est du dynamisme déjanté du cinéma sud coréen et de la polymorphie du genre du film de zombie.

NDLR : Notez que le film sera projeté au Cinéphage ce jeudi 1er mars ! Une occasion à ne pas rater…

Dernier train pour Busan 2

Jeremi Szaniawski
Propos recueillis et agencés par Julien Brasseur

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