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Mindhunter | Un coup de cœur pour les serial killers

« How do we get ahead of crazy if we don’t know how crazy thinks? »

Dans l’Amérique de la fin des années 70 Holden Ford, interprété par Jonathan Groff (Looking, Glee), est un agent du FBI convaincu qu’on ne devient pas un serial killer sans raisons. Alors que la psychologie criminelle au sein du bureau d’investigation est vue comme secondaire, il décide avec l’aide de son collègue Bill Tench, joué par Holt McCallany, de développer une nouvelle technique d’investigation. Ils vont alors commencer à parcourir les prisons du pays à la rencontre des grands tueurs en série de cette époque afin de comprendre et d’appréhender la logique et le sens de leurs actions, dans le but d’utiliser les informations qu’ils obtiennent pour la résolution d’autres enquêtes.

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David Fincher semble être LE réalisateur pour parler des sérials killers. Et pour cause, après avoir réalisé Se7en et Zodiac, il revient en force en produisant Minhunter créée Joe Penhall. Il signe ainsi sa deuxième collaboration avec Netflix (après l’énorme succès de House of cards).

Pourquoi se farcir une énième série sur les sérials killers, me direz-vous ?

Si vous aimez le travail de réalisateur de David Fincher, vous reconnaîtrez son style dès les premiers instants (spécialement celui vu dans le film Zodiac). En plus d’être producteur sur cette série, Fincher réalise les deux premiers et les deux derniers épisodes. On ressent la patte du réalisateur dès les 5 premières minutes de la scène d’exposition. Holden est appelé comme médiateur sur une prise d’otage. Bien qu’il essaye de calmer le kidnappeur en utilisant toutes les méthodes qu’il a apprises pendant son entraînement à Quantico, l’individu finit par se faire exploser la tête, littéralement. Fincher filme l’agent et le kidnappeur à distance, renforçant le sentiment d’impuissance de l’un et d’incompréhension de l’autre. Là est le point de départ et de construction de cette série. Par cette mise en scène, il nous renvoie directement au thème de la série : comment réduire cette distance entre les deux individus ? Comment Holden aurait-il pu désamorcer la situation si les méthodes du FBI sont obsolètes ? C’est cette situation qui engendrera l’envie de l’agent d’étudier plus en profondeur le comportement des tueurs, leur psychologie et leur background.

De plus, la série s’écarte des codes habituels des séries policières. Même si les meurtres sont omniprésents, ils ne sont jamais montrés. L’essentiel se passe dans des scènes d’interrogatoires, dans les bureaux de police ou dans les trajets des deux agents à travers le pays. La violence des meurtres est laissée à l’imaginaire du spectateur. Ici vous ne trouverez pas de scènes explicites d’une violence certaine en abondance pour créer du sensationnalisme. Il n’y aura pas non plus de scène d’action policière. Il n’en demeure pas moins que Mindhunter plonge le spectateur dans une atmosphère froide et intense. Lors des scènes d’interrogatoires l’atmosphère est angoissante car le spectateur se trouve confronté aux êtres les plus ignobles.

Le scénario, brillamment écrit, prend son temps, qualité de plus en plus rare dans les séries qui éprouvent un besoin urgent de tout dévoiler quitte à s’essouffler par la suite. Ici pas d’essoufflement mais une tension constante. Et que dire sur la construction des personnages ! Un vrai régal d’écriture, particulièrement Holden : le spectateur peut voir concrètement l’impact lent mais inévitable qu’ont ces rencontres sur le tempérament de l’agent.

Le réalisme de cette série ne s’arrête pas seulement à l’environnement qu’elle crée. En effet, cette série est une adaptation du livre « Mindhunter : Dans la tête d’un profileur » de Mark Olshaker et John E. Douglas. Ces deux derniers, agents du FBI de formation, sont à l’origine des recherches en profilage qui ont inspiré la série. Les meurtriers que l’on peut rencontrer au fil des épisodes tels que Ed Kemper sont bel et bien réels et non pas des sujets fictionnels. Ce réalisme et cette véracité ne peuvent laisser le spectateur indifférent. Lorsque Ed Kemper (interprété magistralement par Cameron Britton) décrit froidement ses crimes face caméra, le spectateur est directement confronté à l’horreur, et impossible pour lui d’échapper à ce regard qui le transperce. En brisant ainsi le quatrième mur, il n’est nul besoin de voir les victimes ensanglantées pour créer le malaise : l’imaginaire fait le travail.

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Bien qu’il soit de coutume dans les séries télévisées de finir leurs épisodes par un cliffhanger, Mindhunter ne tombe pas dans cette facilité et retient le spectateur par la force de son scénario et de sa mise en scène. Pour ceux d’entre vous qui pourraient trouver les premiers épisodes trop verbeux ou trop lents, sachez que cette mise en place est essentielle à la construction de la série. Alors accrochez-vous, vous ne le regretterez pas !

Elvire Detemmerman

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