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It Follows | Analyse

It Follows, David R. Mitchell (2014)

L’horreur psychologique

Depuis quelques années on arrive à une sorte de déclin des films d’horreur américains. Quand on dit déclin, il est malheureux de constater que la plupart des films qui vont sortir au cinéma se ressemblent, sont bourrés d’incohérences et que le scénario ne tient pas une minute. Pour citer quelques exemples : Annabelle, Ouija et plus particulièrement Lights Out qui ne sont absolument pas aboutis. En revanche certains films comme Babadook, un film d’horreur psychologique ahurissant que tout le monde devrait visionner, ou le dernier The Conjuring 2, qui est une merveille au niveau de la mise en scène, montrent qu’il y a encore de l’espoir au niveau de la qualité des films dans ce genre cinématographique.

Pour revenir à It follows, celui-ci fait partie de ces films un peu ovni dans la catégorie horreur-fantastique. La première scène est assez explicite et met le spectateur directement dans l’ambiance : une jeune fille peu vêtue sort de chez elle en courant et en talon, elle contourne une entité qu’elle seule peut voir, elle prend sa voiture et roule jusqu’à la plage. Au matin, elle est retrouvée dans une position absolument improbable, démembrée et l’image est assez cauchemardesque. Même si celui-ci respecte les codes narratifs classiques du genre avec une scène d’ouverture absolument atroce qui donne envie d’abandonner le visionnage, It Follows semble débarquer de nulle part et cela grâce à son concept simple mais plus qu’efficace.

Ce long-métrage nous demande clairement de comprendre la règle du jeu intrinsèque au film en même temps que le personnage principal : pour survivre, il faut avoir un rapport sexuel avec quelqu’un et la malédiction passe à la personne suivante mais si cette personne se fait tuer par l’entité, la malédiction revient directement à la personne qui l’avait avant. Cette idée de création de forme conceptuelle fait entièrement écho au genre fantastique lui-même et tout cela grâce à un scénario efficace et très bien écrit.

David Robert Mitchell est un homme inspiré pour son deuxième film et plus particulièrement par John Carpenter. Même s’il y a bien d’autres références, celle à Carpenter saute particulièrement aux yeux. It follows fait beaucoup penser au premier Halloween de Carpenter et même plus, certaines scènes y ressemblent assez fort. Il y a tout d’abord cette atmosphère très eighties dans le film de Mitchell aussi bien par les habits des personnages, par la bande sonore électro que par la construction de l’espace.

Si on se concentre sur cette construction de l’espace, on se rend compte qu’elle est plus que ressemblante à celle de Carpenter. On se situe dans une petite ville américaine où pas grand-chose ne se passe. Tout est calme jusqu’au jour où quelque chose d’abstrait vient perturber la tranquillité de cette ville. Une scène qui fait directement référence à Carpenter est celle de la salle de classe. En comparant les deux scènes, on retrouve des points communs : une étudiante qui est en cours, assise au fond de la classe près de la fenêtre, elle ne fait pas forcément attention à ce qui se dit et regarde par la fenêtre pour y voir quelque chose d’étrange. D’un côté un homme masqué (Halloween), de l’autre une vieille femme en habits d’hôpital (It Follows). Même si la scène ne se finit pas de la même manière, on ressent très bien la référence. Mitchell fait un bel hommage mais fort heureusement ne rentre pas dans le maniérisme. Il se réapproprie le travail de Carpenter et crée finalement un univers bien particulier.

Mitchell est un maître pour construire et renforcer la tension dans son film. Les travellings assez nombreux créent justement ce suspens. Le danger peut venir de partout et le spectateur est lui-même dans le jeu de recherche de l’entité. De plus, cette fameuse créature peut prendre n’importe quelle forme, on en vient alors à fouiller le paysage jusqu’à la dernière minute du film : est-ce qu’on va la voir apparaître à l’écran ?

Certaines scènes surprennent comme celle de la plage où les ados sont assis en rond et discutent, puis les cheveux de Jay se soulèvent, soulignant la présence de la chose. Le réalisateur tourne autour du doute, on ne sait jamais quand, ni où est cette créature et surtout si le spectateur va la voir. Ajoutez à cela une soundtrack électro qui pèse sur l’ambiance plus une actrice qui crève l’écran par son talent et pendant tout le film l’angoisse est présente.  

It Follows est une très belle réussite, cependant, il contient aussi quelques incohérences de paresse mais qui sont tellement peu nombreuses qu’il est facile de passer outre sans vraiment être perturbé dans le visionnage. Les incohérences de paresse d’écriture font référence au terme que le Fossoyeur de films (Youtuber) utilise dans une de ses vidéos. Il explique cela par le fait que certains détails du scénario ne sont pas travaillés en profondeur ce qui finit par donner des scènes comme celle où Jay (l’héroïne), alors qu’elle se fait poursuivre, tombe endormie sur le capot de sa voiture au lieu de se barricader dedans, fenêtres fermées, tous les verrous vérifiés au moins quatre fois pour être sûr de ne pas se faire avoir par l’entité. Il y a aussi l’énigme des parents, où sont-ils ? Dans Halloween de Carpenter, les parents étaient eux aussi absents. Cependant, les spectateurs recevaient une explication valable (ils partent pendant un week-end) alors que dans It follows aucune raison n’est donnée.

Pour finir, le film met en scène principalement des adolescents proches du passage à l’âge adulte dans une Amérique puritaine. L’atmosphère des années 80 assez rétro provoque ce sentiment d’une vieille Amérique. Rajouté à cela des adolescents et une malédiction sexuellement transmissible et tout le poids d’une société se fait sentir. Les angoisses et les cauchemars que provoquent ce film sont bien présents car ils font référence à notre inconscient collectif : la sexualité c’est le péché et les conséquences en seront lourdes (ici, la mort). Qui plus est, cette angoisse de la sexualité est encore plus ancrée dans cette période de recherche de soi-même qu’est l’adolescence. Finalement, le deuxième long-métrage de Mitchell est d’une grande finesse psychologique et c’est bien pour cela qu’il a un tel impact sur nous. On s’identifie à ce personnage qui nous ressemble, elle s’amourache d’un gamin assez mignon pour finir par se laisser aller mais tout le poids de la société lui retombe dessus et c’est dans les profondeurs de l’inconscient que l’angoisse survient et prend au ventre.

Hanoulia Salame