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Dans la Peau de John Malkovich

>> Campus du Solbosch ULB / Bât. A / Salle AZ1.101
>> 18h30 / Gratuit !
>> Jeudi, 10/11/2016
>> Projection du court-métrage "Sang d'Encre" avant
   le film avec la présence du réalisateur. 

Dans la Peau de John Malkovich de Spike Jonze (1999)

I’ve got you under my skin

Dans la peau de John Malkovich relate quatre destins liés par une découverte surprenante et grotesque. Un marionnettiste de deuxième zone, Craig Schwartz (John Cusack), mène un quotidien frustrant entre chômage et mariage avec une névrosée des animaux (Cameron Diaz-méconnaissable en femme au foyer grunge). Finalement, Craig décroche un job de « documentaliste » dans le bureau de l’étrange professeur Lester (Orson Bean) aux côtés d’une charmante collègue (Catherine Keener). Un jour, il découvre un passage secret qui mène à l’intérieur de l’acteur John Malkovich (en personne, évidemment). Cet accès reste en principe ouvert à tout visiteur pour une durée limitée de quinze minutes avant d’expulser l’intrus dans la réalité concrète. Schwartz n’hésite pas à opter pour une vie plus palpitante de parasite avec tout ce que cela implique pour son entourage.

Avec ce film, le réalisateur américain – qui tient son pseudonyme créatif du musicien parodiste Spike Jonze- s’adjoint pour la première fois les services de Charlie Kaufmann, scénariste (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) qui baigne dans le même univers psychanalytique que Jonze. Bien que ce film, tout comme Adaptation (2002) et le plus récent Her, se basent sur des concepts très cérébraux- mise en abyme, porosité entre fiction et réalité, ce thriller fantastique aux accents tragiques-comiques, aborde des thèmes existentiels et universels comme le fait d’être aimé pour ce qu’on est, de s’inventer une vie parallèle pour échapper à la monotonie,  ou la peur d’être oublié.

Hormis le choix d’un sujet universel à travers un angle d’attaque particulier, le génie de Jonze consiste dans l’utilisation d’acteurs à contre-emploi. Ainsi, qui pourrait imaginer Cameron Diaz en « vieille à chats » dégoûtante ou Malkovich non pas dans le rôle du psychopathe persécuteur mais dans celui de véritable pantin de pressions mentales ?

En dépit des apparences de film « intellectualisant » tant par les procédés techniques qui servent à dédoubler la réalité et les personnages que par son idée, s’infiltrer dans la tête de quelqu’un pour contrôler ses émotions et ses actions, ce long-métrage ne souhaite pas conférer à son spectateur le sentiment d’être pris à la main par un réalisateur prétentieux et professoral pour lui inculquer la complexité du cinéma mais pour faire comprendre à son public ce que le septième art peut faire vivre visuellement au sens premier.

Mara Kupka